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T'inquiète, j't'explique !

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La Conquête Spatiale

Épisode 3 : La Réponse Chaotique (1957-1958)

Les épisodes précédents :
– Épisode 1 : Les Fondations (1945-1957)
– Épisode 2 : Le Choc (Octobre 1957)

T'inquiète; j'enquête ! La Conquête Spatiale - Épisode 3 : La Réponse Chaotique (1957-1958).



Introduction : La gueule de bois américaine

Tu te souviens de l’ambiance à la fin de l’épisode précédent ? On était en octobre 1957, et les États-Unis venaient de se prendre la gifle du siècle.

Pendant que Spoutnik narguait l’Amérique en faisant « Bip-Bip » au-dessus de la Maison Blanche toutes les 96 minutes, le réveil était brutal à Washington. Le mythe de la supériorité technologique américaine ? En miettes. La sécurité des frontières ? Une illusion.

L’Oncle Sam est vexé, effrayé, et surtout, il est pressé. Il faut répondre, et vite. Il faut montrer au monde (et surtout aux Russes) que l’Amérique est encore la patronne.

Le président Eisenhower, dos au mur, donne le feu vert. On oublie la prudence, on oublie les tests de sécurité habituels. Il faut lancer un satellite américain maintenant.

Tous les espoirs se portent sur la Navy et sa fusée Vanguard. C’est elle, l’élue. C’est elle qui doit laver l’affront.

Nous sommes le 6 décembre 1957. Sur le pas de tir de Cap Canaveral, la fusée est prête. Contrairement aux Soviétiques qui font tout en cachette, les Américains ont invité la presse du monde entier. C’est l’heure du show. Les caméras tournent, le monde retient son souffle…

Chapitre 1 : Le « Flopnik » (ou comment rater son entrée)

Le 6 décembre 1957, à 11h44, le monde a les yeux rivés sur la Floride. C’est l’Amérique : on fait les choses en grand et en public. La presse mondiale est présente.

Le compte à rebours arrive à zéro. Les moteurs s’allument. La fusée frémit, le public retient son souffle…

Le vol de la honte La fusée s’élève majestueusement… d’environ 1 mètre 20. Oui, tu as bien lu. À peu près la hauteur d’un enfant de 7 ans.

À cet instant précis, le moteur perd sa puissance. La fusée, n’ayant plus assez de poussée pour monter mais n’étant plus retenue par rien, retombe lourdement sur son pas de tir. Le résultat est immédiat : les réservoirs pleins à craquer de carburant se rompent sous le choc.

Mais le comble de l’ironie est ailleurs. Dans les décombres fumants, au milieu de l’incendie, un petit objet a été éjecté et roule sur le tarmac. C’est le satellite Vanguard lui-même. Et devine quoi ? Il fonctionne encore. Ses émetteurs, intacts, envoient leur signal radio dans le vide, comme pour narguer les ingénieurs dévastés. Au sol, dans la fournaise, le satellite américain crie « Je suis là ! » alors qu’il n’a même pas quitté le plancher des vaches.

L’explosion de Vandguard TV3

La curée médiatique Si l’explosion fait mal au matériel, la presse, elle, va détruire l’ego américain. Dès le lendemain, les journaux ne ratent pas l’occasion. Les titres sont d’une cruauté légendaire :

  • Le Daily Express titre en lettres énormes : « OH, WHAT A FLOPNIK! ».
  • D’autres inventent « Kaputnik » ou encore « Stayputnik ».

L’humiliation est totale. L’URSS a mis une « lune » en orbite. Les USA ont réussi à faire sauter leur propre pas de tir.

Chapitre 2 : La Pause « C’est Pas Sorcier » (Pourquoi c’est si dur ?)

Après avoir vu la fusée Vanguard se transformer en barbecue géant, il est temps de se poser la vraie question : pourquoi est-ce si compliqué ? Pourquoi ne peut-on pas juste construire un avion qui monte très haut ?

La réponse tient en un nom barbare, une équation impitoyable et une facture très salée. Accroche-toi, on ouvre le capot.

1. Le B.A.-BA : Comment ça avance ?

Isaac Newton l’a dit : « Action / Réaction ».

Une fusée ne « pousse » pas sur l’air (d’ailleurs, elle marche mieux dans le vide). C’est une machine à jeter de la matière derrière elle.

C’est le principe du ballon de baudruche que tu gonfles et que tu lâches sans le nouer : il part dans tous les sens en « pétant ». La fusée, c’est un ballon très cher qui jette du gaz très vite, et uniquement dans une direction.

2. Le Boss Final : L’Équation de Tsiolkovski

Au début du XXe siècle, Konstantin Tsiolkovski a posé l’équation qui hante les ingénieurs.

Elle révèle un cercle vicieux terrible, qu’on appelle la Tyrannie de la Fusée :

  1. Pour aller loin, il faut du carburant.
  2. Mais ce carburant a une masse (il est lourd).
  3. Il faut donc plus de carburant pour porter le carburant que tu viens d’ajouter.
  4. Et ce nouveau carburant a aussi une masse…

Résultat : sur une fusée moderne, la « charge utile » (le satellite) ne représente que 2 à 4% de la masse totale. Tout le reste, c’est du carburant pour porter du carburant.

La Conquête Spatiale - Épisode 3 : La Réponse Chaotique (1957-1958). Schéma Saturne 5

3. L’Objectif : Le Delta V ($\Delta v$)

Les ingénieurs spatiaux ne comptent pas en kilomètres, mais en « budget vitesse », le fameux Delta V.

Pour rester en orbite basse sans retomber, tu dois atteindre la vitesse délirante de 28 000 km/h.

C’est binaire : si ta fusée ne peut fournir que 27 900 km/h, tu ne vas pas « un peu moins haut ». Tu retombes sur Terre.

Alors, comment fait-on pour « payer » cette facture de 28 000 km/h malgré la tyrannie du poids ? Il faut jouer sur deux leviers : la Chimie et l’Architecture.

4. La Chimie : Mélanger du froid pour faire du chaud

Pour obtenir un gros Delta V, il faut éjecter le gaz le plus vite possible (c’est l’Impulsion Spécifique). L’essence de ta voiture ne suffit pas.

La solution royale, ce sont les ergols cryogéniques (Hydrogène et Oxygène liquides).

  • L’avantage : Ça détone fort. L’hydrogène est ultra-léger et énergétique.
  • Le problème : Il faut le maintenir à -253°C. C’est un enfer technique (ça fuit, ça gèle les valves), mais c’est le prix à payer pour l’efficacité.

5. L’Architecture : Le casse-tête de la tuyère

Avoir le bon carburant ne suffit pas, il faut bien l’éjecter. C’est le rôle de la tuyère (la cloche en bas du moteur). Et là, la nature nous tend un piège.

  • Au niveau de la mer (Décollage) : L’atmosphère appuie très fort sur le moteur. Il faut une tuyère étroite pour empêcher l’air de rentrer et de déstabiliser le jet de gaz.
  • Dans le vide (Espace) : Il n’y a plus de pression. Le gaz veut s’étaler partout. Il faut une tuyère immense et évasée pour forcer le gaz à pousser droit jusqu’au bout.

Une tuyère faite pour le sol est nulle dans l’espace, et inversement. L’image représente ici le même moteur Raptor V3 de SpaceX en version « niveau de la mer » à gauche, et « vide » à droite. Seule la tuyère diffère.

La Conquête Spatiale - Épisode 3 : La Réponse Chaotique (1957-1958). Raptor V3 de SpaceX en version "niveau de la mer" à gauche, et "vide" à droite

6. La solution miracle : Le Multi-Étages

C’est là que tout s’assemble. Pour vaincre l’équation de Tsiolkovski (le poids) ET le problème des tuyères (la pression), on a inventé la fusée à étages (comme des poupées russes empilées).

  1. Le Premier Étage (Le Déménageur) : C’est le plus gros. Il a des moteurs optimisés pour le « niveau de la mer » (tuyères étroites). Son job : arracher la fusée à la gravité et traverser l’atmosphère dense. Une fois vide, il est un poids mort énorme. Hop, on le largue !
  2. Le Deuxième Étage (Le Sprinteur) : Il s’allume dans le quasi-vide. Il est plus léger et ses moteurs ont des tuyères géantes (optimisées « vide ») pour tirer le maximum d’efficacité de chaque goutte de carburant.

C’est comme si tu partais en randonnée avec un sac de 50kg, et qu’à mi-chemin, tu jetais ton sac et tes grosses chaussures pour finir la course en short et baskets. C’est la seule façon d’atteindre les 28 000 km/h.

Chapitre 3 : La Revanche de la Toupie (Janvier 1958)

Après l’humiliation du « Flopnik » en mondiovision, l’ambiance à la Maison Blanche est glaciale. La Navy a échoué. Il ne reste qu’une seule carte à jouer, celle que le gouvernement américain hésitait à sortir pour des raisons politiques : l’équipe de Wernher von Braun.

L’ingénieur allemand et son équipe de l’Armée de Terre (ABMA) rongent leur frein depuis des mois. Ils avaient prévenu que Vanguard allait rater. Quand le téléphone sonne enfin, leur réponse est simple : « On est prêts. Donnez-nous 60 jours. »

1. Le retour du « Système D ».

Contrairement à la fusée Vanguard de la Navy, qui était un bijou de complexité (trop) fragile, la fusée de von Braun, la Juno I, est un monstre de pragmatisme. C’est du « bricolage de génie ». Von Braun utilise un premier étage éprouvé (un missile Redstone modifié). Mais pour aller en orbite, il faut plus de vitesse. Il faut des étages supérieurs. Problème : L’équipe n’a pas eu le temps ni le budget pour développer un système de guidage ultra-sophistiqué pour ces étages secondaires. Comment s’assurer qu’ils filent droit une fois largués dans l’espace, sans partir en vrille ?

2. La technique de l’essoreuse à salade.

C’est là que l’équipe a une idée aussi géniale que ridicule visuellement. Tu connais l’effet gyroscopique ? C’est ce qui fait qu’une toupie tient debout ou qu’un ballon de rugby file droit quand on le fait tourner sur lui-même. Les ingénieurs décident d’appliquer ça… à la fusée. Au sommet du lanceur, ils installent une sorte de barillet contenant les petits moteurs à poudre des étages supérieurs. Et le truc dingue, c’est que ce barillet tourne déjà avant le décollage !
Sur le pas de tir, alors que le gros moteur principal est encore éteint, des moteurs électriques font tourner le haut de la fusée à 460 tours par minute. C’est ahurissant à voir : une fusée immobile dont la tête tourne à toute vitesse comme un mixeur fou. Mais ça marche : en tournant vite, la fusée devient ultra-stable sans avoir besoin d’ordinateurs de bord complexes. C’est la victoire de la force robuste sur la finesse fragile.

3. « Goldstone has the bird ».

Décollage de la « fusée-toupie »

Le 31 janvier 1958, à 22h48, la Juno I s’arrache du sol en rugissant. Pas d’explosion, pas de drame. La « toupie » fait son job et propulse le satellite Explorer 1 en orbite. L’angoisse dure encore deux heures (le temps de faire le tour de la Terre). Si le satellite ne repasse pas au-dessus de la Californie, c’est raté. Le temps passe. 1 minute de retard. 5 minutes. 8 minutes… Les visages se décomposent. Et soudain, une station d’écoute en Californie crie dans la radio : « Goldstone has the bird! » (Goldstone a l’oiseau !). Explorer 1 est en orbite, un peu plus haut que prévu (d’où le retard), mais il est là. L’Amérique est de retour dans la course.

4. Plus qu’un « Bip-Bip ».

Contrairement à Spoutnik qui se contentait de faire « bip », Explorer 1 est un vrai laboratoire. Il embarque un compteur Geiger conçu par le physicien James Van Allen. Et il fait une découverte majeure : il y a des zones autour de la Terre bourrées de radiations mortelles piégées par le champ magnétique terrestre. On les appellera les Ceintures de Van Allen. L’URSS a eu la gloire, mais les USA ont ramené la première vraie découverte scientifique. 1 partout, balle au centre.

Chapitre 4 : La Fin de la Récréation (Juillet 1958)

La Conquête Spatiale - Épisode 3 : La Réponse Chaotique (1957-1958).
Logo de la NASA en 1958

Si Explorer 1 a sauvé l’honneur, à Washington, le président Eisenhower ne sourit pas. Il est même furieux. Pour lui, la situation est grotesque : il a trois branches de l’armée (Navy, Army, Air Force) qui se comportent comme des gamins dans un bac à sable. Chacun veut sa propre fusée, chacun cache ses secrets aux autres, et surtout, chacun lui présente une facture astronomique. C’est un gaspillage d’argent et d’énergie monumental.

L’ancien général 5 étoiles, décide de siffler la fin de la récré. Il veut une agence unique. Mais pas n’importe laquelle.

1. Civil ou Militaire ? Le bras de fer.

C’est la grande question qui agite le Congrès au printemps 1958. Les militaires (et le Pentagone) hurlent au scandale. Pour eux, l’espace est le nouveau champ de bataille (« The ultimate high ground »). Ils veulent une « Space Force » avant l’heure. Mais Eisenhower est un fin stratège. Il sait que s’il laisse l’espace aux militaires, chaque lancement sera vu par l’URSS comme une menace de guerre. Il veut que l’image de l’Amérique spatiale soit pacifique, scientifique et ouverte. Ce sera donc une agence civile. C’est Lyndon B. Johnson (le futur président, alors sénateur ultra-puissant) qui va tordre le bras à tout le monde pour faire voter le « Space Act ». Son argument de vente ? « Je ne veux pas m’endormir sous une Lune communiste. »

2. Le « Relooking Extrême » de la NACA.

On imagine souvent que la NASA a été créée de toutes pièces, comme une start-up qui démarre dans un garage. Pas du tout ! Pour aller vite, Eisenhower décide de recycler une vieille institution qui existe depuis 1915 : la NACA (National Advisory Committee for Aeronautics). La NACA, c’était une bande d’ingénieurs brillants mais discrets, obsédés par l’aérodynamisme, qui passaient leur vie dans des souffleries à tester des ailes d’avions. Du jour au lendemain, le 1er octobre 1958, on change une lettre sur l’enseigne. Le « C » (Committee) devient « S » (Space). Hop, la NACA devient la NASA. La National Aeronautics and Space Administration.La National Aeronautics and Space Administration. L’agence démarre sa première journée avec déjà 8 000 employés et 100 millions de dollars de budget annuel. Pas mal pour un premier jour, non ?

3. Le Braquage de cerveaux.

Mais avoir des bureaux et des souffleries ne suffit pas. Il faut des fusées. Et les fusées… c’est l’armée qui les a. La création de la NASA va donc donner lieu à une sorte de « pillage légal » organisé par le président.

  • La NASA récupère le JPL (Jet Propulsion Laboratory) de l’armée, la bande d’étudiants surdoués de Caltech qui aiment faire exploser des trucs dans le désert.
  • Elle tente de récupérer l’équipe de Von Braun. Et là, ça coince. L’Armée de Terre refuse de lâcher sa poule aux œufs d’or. Von Braun lui-même n’est pas chaud : à l’armée, il a des budgets illimités et une protection. À la NASA, il devra rendre des comptes à des civils. Il faudra encore deux ans de négociations tendues pour que le transfert soit complet. Mais la machine est lancée.

Le Bilan de 1958.


L’année se termine. L’Amérique a pris des coups, elle a paniqué, elle a fait exploser des fusées en direct, mais elle a fini par se structurer. Face à elle, l’URSS semble toujours invincible et prépare déjà son prochain coup de maître. Mais l’Oncle Sam a fini de s’échauffer. La NASA est née, et elle cherche des volontaires pour s’asseoir au sommet de ces fameux missiles. Prochaine étape : Mettre de la viande dans la boîte de conserve.

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