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Le destin de...

Edwin Hubble

Le 28 septembre 1953, Edwin Hubble meurt d’un accident vasculaire cérébral dans sa maison de Pasadena, en Californie. Il a 63 ans. Ce soir-là, Grace, sa femme, prend une décision qui restera une énigme pour toujours : elle ne révèle jamais l’endroit où il sera inhumé. Pas de funérailles, pas de cérémonie, pas de discours. L’homme qui a passé sa vie à mesurer l’infini disparaît sans laisser de coordonnées.

C’est une fin qui lui ressemble.

Faut qu'j'te raconte le destin de...
Edwin Hubble.

Edwin Powell Hubble naît le 20 novembre 1889 à Marshfield, dans le Missouri. Son père, John Powell Hubble, est agent d’assurances, homme d’ordre, convaincu que son fils fera du droit. Edwin, lui, passe ses nuits à observer le ciel. Il étudie les mathématiques et l’astronomie à l’Université de Chicago, obtient son diplôme en 1910, mais son père insiste. Une bourse Rhodes lui ouvre les portes du Queen’s College d’Oxford, où il passe trois ans à décrocher un Master en droit. Il rentre au Kentucky, passe un examen de barreau qui, à l’époque, consistait surtout à apporter une bouteille de bourbon et des cigares au juge du comté voisin, et n’exerce jamais. Quand son père meurt en 1913, Edwin range définitivement ses manuels de droit et retourne aux étoiles. Il obtient son doctorat en astronomie en 1917, sert comme officier pendant la Première Guerre mondiale, et rejoint l’Observatoire du Mont Wilson, en Californie, en 1919. L’astronomie ou rien.

Il y a pourtant une ironie dans tout ça. Hubble, l’homme de la précision, celui qui va consacrer sa vie à mesurer des distances que l’esprit humain peine à concevoir, va passer cette même vie à embellir sa propre histoire. La légende qu’il construit autour de lui le présente comme « astronome, avocat et boxeur. » Avocat ? On vient de voir ce que ça vaut. Boxeur ? Il a fait du sport à Oxford, comme tous les étudiants. Il a laissé entendre, avec une désinvolture soigneusement entretenue, qu’il avait combattu Georges Carpentier, le champion du monde de boxe français, une affirmation que les historiens qualifient poliment de fantaisiste. Sa femme Grace amplifiera encore le mythe après sa mort, transformant son mari en héros de roman. La biographie « officielle », rédigée par son protégé Nicholas Mayall, ne s’appuie que sur ce que Hubble et Grace ont bien voulu raconter. L’homme qui va mesurer l’univers avec une rigueur absolue ne pouvait pas s’empêcher d’arrondir les angles de sa propre biographie.

Au Mont Wilson trône le télescope Hooker : 2,5 mètres de diamètre, le plus grand du monde à l’époque. C’est là qu’Hubble va tout changer. En 1920, la communauté astronomique est divisée par ce qu’on appelle le « Grand Débat ». D’un côté, Harlow Shapley défend l’idée que l’univers se résume à notre Voie Lactée, et que les nébuleuses spirales visibles dans le ciel ne sont que des nuages de gaz à l’intérieur de notre galaxie. De l’autre, Heber Curtis soutient que ces nébuleuses sont des « univers-îles » : des galaxies entières, aussi grandes que la nôtre, situées à des distances inimaginables. Le débat reste ouvert, faute de mesures suffisamment précises. Hubble, encore débutant, n’y participe même pas.

Entre 1924 et 1925, depuis son poste au Mont Wilson, il pointe le Hooker vers plusieurs nébuleuses spirales et observe ce que personne n’avait su voir avant lui : des étoiles variables de type céphéide. Ces étoiles ont une propriété remarquable, découverte quelques années plus tôt par Henrietta Leavitt (qui aura droit à son propre portrait dans cette saga) : leur période de variation lumineuse est directement liée à leur luminosité absolue. En mesurant la fréquence de cette variation, on connaît leur luminosité intrinsèque. Et en comparant cette luminosité intrinsèque avec la luminosité perçue depuis la Terre, on peut calculer la distance qui nous en sépare. En d’autres termes, elles servent de règles graduées cosmiques. Hubble les utilise pour calculer les distances. Le résultat est brutal : les nébuleuses spirales se trouvent à des centaines de milliers d’années-lumière de la Terre, bien au-delà des frontières de la Voie Lactée. Ce ne sont pas des nuages de gaz. Ce sont d’autres galaxies complètes, des centaines de milliards d’étoiles chacune, séparées de nous par des abîmes que nul n’avait imaginés. Le 30 décembre 1924, Hubble annonce sa découverte. Le Grand Débat est tranché. L’univers vient de devenir des milliards de fois plus grand que ce que l’humanité croyait.

Ce n’est qu’un début. En 1929, Hubble publie l’article qui va sceller sa réputation pour l’éternité. En combinant ses mesures de distance avec les observations de vitesses de fuite des galaxies accumulées depuis des années par l’astronome Vesto Slipher (ces vitesses, mesurées grâce au décalage vers le rouge de la lumière, sont expliquées en détail dans Quand l’Univers change de note), il établit une relation linéaire : plus une galaxie est loin, plus elle s’éloigne vite. L’univers est en expansion. Ce que le monde retiendra sous le nom de « loi de Hubble » est pourtant le résultat du travail de plusieurs chercheurs. Le prêtre belge Georges Lemaître avait déjà formulé cette même loi théoriquement en 1927, dans un article rédigé en français, donc largement ignoré du monde anglophone. Hubble lui-même admettra plus tard, dans son ouvrage The Realm of the Nebulae (1936), qu’il n’a jamais vraiment compris les modèles cosmologiques relativistes qui sous-tendent sa propre découverte. En 2018, l’Union Astronomique Internationale prendra acte de cette dette et rebaptisera officiellement l’ensemble « loi de Hubble-Lemaître ». Même la loi qui porte son nom n’est qu’à moitié sienne.

En 1953, Hubble est nominé trois fois pour le Prix Nobel de Physique. Le comité délibère. Sa décision finale est rendue le 15 septembre 1953. Une version persistante de l’histoire affirme que le comité avait décidé de lui accorder le prix, avec le soutien de physiciens comme Enrico Fermi et Subrahmanyan Chandrasekhar, ce qui en aurait fait le premier astronome à recevoir un Nobel de Physique. Des chercheurs ont nuancé cette version en 2017 : Hubble a bien été nominé, mais les archives ne confirment pas qu’il ait été officiellement retenu. Le Nobel 1953 de Physique ira à Frederik Zernike, pour l’invention de la microscopie à contraste de phase. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’Edwin Hubble meurt d’un AVC le 28 septembre 1953, treize jours après la décision du comité. Le Nobel n’est jamais remis à titre posthume. Il n’aurait donc jamais reçu la prestigieuse récompense, même si le comité avait décidé de lui accorder.

Grace ne révèlera jamais l’endroit où il est enterré. Pas de cérémonie, pas de pierre tombale connue. Edwin Hubble disparaît comme il a vécu : dans un mélange de grandeur et de mystère soigneusement entretenu.

Mais le 24 avril 1990, la NASA place en orbite un télescope de 13,2 mètres de long, capable d’observer l’univers depuis l’espace, loin des perturbations de l’atmosphère terrestre. Ils l’appellent le Hubble Space Telescope. Depuis plus de trente ans, il envoie des images que Hubble lui-même n’aurait pas osé imaginer : des galaxies à des milliards d’années-lumière, des nébuleuses planétaires en feu, les premières lueurs de l’univers naissant. Sur chaque écran d’astronome, sur chaque image de l’espace profond, son nom revit.

Hubble a mesuré l’univers en galaxies et en années-lumière. Mais sa propre vie ? Elle se mesure en énigmes et en ironie. Un homme qui a réinventé l’univers deux fois : d’abord en le multipliant par des milliards, ensuite en le rendant vivant, en expansion. Quelque part, dans un endroit inconnu, Edwin Hubble repose. Mais son héritage ne s’arrête pas là. Demain, nous explorons le mystère qu’il a laissé derrière lui : une tension qui déchire notre compréhension de l’univers entier.


📋 Fiche d’identité

Nom completEdwin Powell Hubble
Naissance20 novembre 1889, Marshfield, Missouri, États-Unis
Décès28 septembre 1953 (63 ans), Pasadena, Californie, États-Unis
DomaineAstronomie, Cosmologie
DistinctionsMédaille Barnard (1935), Médaille Franklin (1939), Médaille d’or de la Royal Astronomical Society (1940)
Publications clésA Relation between Distance and Radial Velocity among Extra-Galactic Nebulae (1929), The Realm of the Nebulae (1936)

  • Luminet, J.-P. — Edwin Hubble : une erreur de casting, Futura Sciences (2014)
  • Wikipédia FR — Edwin Hubble
  • Wikipédia FR — Loi de Hubble-Lemaître
  • Wikipédia FR — Grand Débat (astronomie)
  • (Source en anglais) Tomasello, T. et al. — Verification of the anecdote about Edwin Hubble and the Nobel Prize, arXiv (2017)
  • (Source en anglais) Nobel Prize — Nomination Archive, Edwin Hubble
  • (Source en anglais) Sandage, A. — Edwin Hubble 1889-1953, JRASC Vol. 83 (1989)

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