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T'inquiète, j't'explique !

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La lumière : Une symphonie invisible

Dans une pièce sombre, un simple clic et tout bascule : le vide se remplit, les contours apparaissent, les couleurs surgissent comme si l’Univers venait d’allumer une lampe privée juste pour toi. C’est banal, presque automatique, et pourtant, si on s’arrête deux secondes, ça devient vertigineux : qu’est‑ce qui traverse l’air pour te permettre de voir ?

Ce premier épisode ouvre une mini‑série en 4 volets où l’on va décortiquer la lumière pas à pas, sans se noyer dans les équations, mais sans tricher non plus. Aujourd’hui, on pose les bases : ce qu’est une onde, ce que veut dire “fréquence”, pourquoi la couleur n’est pas une peinture mais une vibration, et pourquoi regarder le ciel, c’est regarder le passé. Et si tu veux la carte du voyage : on passera ensuite par l’effet Doppler, par les points rouges du JWST, puis par la fameuse tension de Hubble.

Chapitre 1 : Newton, le prisme et la lumière qui se déguise

Pendant des siècles, deux camps se sont affrontés. Pour les uns, comme Platon ou Euclide, l’œil envoie des “rayons” vers le monde (la vision serait une sorte de projecteur intérieur). Pour les autres, comme Aristote, c’est l’inverse : quelque chose vient des objets et entre dans l’œil. Rien que ça, c’est déjà un feuilleton. Et c’est dans cette mêlée d’idées que Newton débarque avec son prisme, non pas pour trancher un débat philosophique, mais pour montrer que la lumière blanche n’est pas si “pure” qu’on le croyait.

Au XVIIe siècle, la lumière blanche passe encore pour une substance “pure”, et les couleurs pour un simple maquillage que les objets ou les instruments ajoutent au passage. Puis Isaac Newton débarque avec un prisme et une idée simple : si les couleurs viennent du prisme, il doit pouvoir les inventer, les modifier, les fabriquer à volonté. Il fait alors l’expérience la plus élégante du monde : il assombrit une pièce, perce un petit trou dans le volet pour faire entrer un mince rayon de Soleil, et place un prisme sur la trajectoire. Résultat : sur le mur apparaît une bande étalée de couleurs, un spectre continu du rouge au violet. Pas une tache vague, pas un arc‑en‑ciel flou : une vraie ligne colorée, propre, stable, comme un clavier de piano qu’on aurait étiré. Il publiera ses travaux dans l’ouvrage Optiks en 1704.

Mais Newton ne s’arrête pas au “wahou”. Il veut savoir qui fait quoi. Alors il isole une seule couleur, puis la renvoie dans un second prisme. Et là, surprise : la couleur ne se transforme pas, elle reste elle‑même. Puis il fait l’inverse : il prend tout le spectre, le recombine avec un deuxième prisme correctement orienté, et il récupère une lumière blanche. Conclusion implacable : le prisme ne crée pas les couleurs, il les sépare. La lumière blanche est déjà un mélange, un cocktail de “notes” différentes, et le prisme agit comme un filtre qui les étale au grand jour.

La première édition de "Optiks" de 1704

Ce détail change tout : la couleur n’est pas un vernis posé sur la lumière, c’est la lumière elle‑même qui possède des “composantes” différentes. Newton vient d’ouvrir une porte immense : si la lumière blanche est un mélange, alors chaque couleur doit avoir sa propre identité physique. Et si chaque couleur est différente, c’est qu’elle “vibre” d’une manière différente. On n’a pas encore prononcé le mot “onde”, mais l’idée est déjà là, tapie dans le prisme. Le reste de l’histoire, c’est simplement apprendre à lire cette musique.

Chapitre 2 : Deux visages de la lumière

Et maintenant, le petit retournement de scénario : la lumière n’est pas fidèle à un seul costume. Parfois, elle se comporte comme une onde qui se propage, parfois comme une pluie de particules minuscules qu’on appelle photons. C’est la fameuse dualité onde‑corpuscule. Dit autrement : la lumière a deux visages, et chacun devient utile selon les questions qu’on pose. Cette idée a longtemps été un casse‑tête, parce que nos intuitions veulent choisir un camp. Or la lumière refuse de signer un contrat d’exclusivité.

Quand l’aspect “corpuscule” devient utile, c’est justement parce que l’énergie arrive par paquets. L’exemple classique, c’est l’effet photoélectrique : une plaque métallique éclairée peut éjecter des électrons, mais pas n’importe comment. La fréquence compte, l’intensité ne suffit pas, et l’énergie arrive comme un coup sec, photon par photon. C’est aussi cette logique qui rend possibles les capteurs modernes : en astronomie, un détecteur enregistre des photons un par un, comme des gouttes qui s’accumulent dans un seau, jusqu’à construire une image. Là, la lumière se comporte bien comme une pluie de grains.

Quand l’aspect “onde” prend le dessus, on regarde la lumière comme une musique capable de se superposer à elle‑même. Deux faisceaux peuvent s’ajouter ou se neutraliser, comme deux notes qui créent des battements. Les expériences d’interférences, les franges lumineuses, la diffraction par une fente trop étroite : tout ça n’a de sens que si la lumière a une nature ondulatoire. Et c’est précisément cet angle qui nous intéresse ici, parce que la couleur, le spectre, et bientôt l’effet Doppler, sont des histoires de rythme et de vibration, pas de billes.

La preuve “historique” la plus célèbre de ce côté‑là, c’est l’expérience des fentes de Young : deux fentes, un écran, et des franges d’interférences comme si la lumière se doublait elle‑même. Ce n’est pas la seule preuve, mais c’est la plus iconique, et on lui consacrera un vrai épisode le jour où on ouvrira la porte de la mécanique quantique.

L’expérience des fentes de Young

Donc ici, on ne renie pas la version “particules”, on la garde en coulisses, prête à revenir plus tard. Pour l’instant, on écoute la musique. Et maintenant qu’on a choisi notre angle, on peut sortir l’analogie la plus efficace de toute la physique : la corde de guitare. Elle, au moins, sait comment expliquer une fréquence sans faire fuir personne.

Chapitre 3 : La guitare invisible (fréquence, longueur d’onde, célérité)

Imagine une corde de guitare. Si tu tends la corde ou si tu raccourcis sa longueur, elle vibre plus vite, le son devient plus aigu. Si tu la relâches ou si tu joues plus grave, la vibration ralentit. Dans le son, on appelle ça la fréquence : le nombre d’allers‑retours par seconde. Plus la fréquence est élevée, plus la note est aiguë. Simple, clair, presque instinctif.

Avec la lumière, c’est exactement la même logique, sauf qu’on n’entend pas, on voit. La “note” de la lumière, c’est sa couleur. Rouge = vibration lente. Violet = vibration rapide. Entre les deux, toutes les nuances ne sont que des tempos différents d’une même musique. Et comme toute onde, la lumière a aussi une longueur d’onde : la distance entre deux crêtes successives. Si la fréquence augmente, la longueur d’onde diminue, parce que les crêtes se suivent de plus en plus vite.

Fréquence et longueur d'onde

Il manque un troisième personnage pour boucler le trio : la célérité. C’est la vitesse à laquelle l’onde se propage. Pour la lumière dans le vide, elle est fixe, presque sacrée : c’est la fameuse vitesse de la lumière. Et ces trois grandeurs sont liées par une petite formule d’une simplicité trompeuse :
c = λ × f.
La vitesse (c), la longueur d’onde (λ) et la fréquence (f) sont rivées ensemble. Tu changes l’une, une autre doit compenser.

C’est là que l’analogie de la guitare devient magique : une seule corde peut jouer mille notes parce qu’on change sa fréquence. La lumière, elle, joue un orchestre entier avec un seul “instrument”, simplement en changeant son tempo. Une couleur n’est pas un pigment, c’est une cadence. Et maintenant qu’on a cette clé, on peut ouvrir la porte d’à côté : le spectre.

Chapitre 4 : Le spectre, le manche immense

Maintenant, imagine que la guitare n’a pas six cordes mais une seule, et que son manche s’étire très, très loin. Ce que nous appelons “lumière visible” n’est qu’un minuscule morceau de ce manche : une petite octave coincée entre le rouge et le violet. Nos yeux ne savent jouer que ce bout‑là, un intervalle ridiculement petit dans l’immensité des possibles. Tout le reste existe, mais on ne l’entend pas. Et ce n’est pas parce que c’est “ailleurs” que c’est moins réel : c’est juste hors de notre détecteur naturel.

Si tu descends vers les graves, les vibrations deviennent lentes, les longueurs d’onde s’étirent. Là, tu trouves l’infrarouge, puis les micro‑ondes, puis les ondes radio. Ce sont des lumières “molles”, immenses, qui traversent souvent les obstacles et transportent peu d’énergie par photon. On les ressent sous forme de chaleur, on les utilise pour communiquer, on les observe en radioastronomie pour écouter l’Univers autrement. Oui : la radio, c’est de la lumière très grave, simplement à un tempo si lent que notre œil reste muet.

Si tu montes vers les aigus, les vibrations s’emballent, les longueurs d’onde se raccourcissent à des tailles minuscules. Tu passes par l’ultraviolet, puis les rayons X, puis les rayons gamma. L’ultraviolet, c’est ce qui fait bronzer ta peau ; les rayons X, c’est ce qui permet de voir ton squelette à l’hôpital. Là, l’énergie grimpe en flèche : c’est la zone où la lumière devient dangereuse, capable de casser des molécules, notamment l’ADN, et de bouleverser la matière. Même origine, même nature, juste une énergie beaucoup plus nerveuse.

Ce grand clavier continu, du radio au gamma, c’est ce qu’on appelle le spectre électromagnétique. La lumière visible n’y est qu’une petite touche, un minuscule intervalle que l’évolution a choisi pour nous, peut‑être parce qu’il traverse bien l’atmosphère et qu’il raconte beaucoup de choses utiles. L’idée importante, c’est que tout se tient : même phénomène, même loi, juste des longueurs d’onde et des fréquences différentes. Et maintenant qu’on a cette carte, on peut parler de ce qui rend la lumière si spéciale : sa vitesse.

Le spectre électromagnétique.

Chapitre 5 : La vitesse, la limite absolue

Avant d’écrire “299 792 458 m/s” sur un tableau, il a fallu des siècles d’astuce. La première vraie preuve que la lumière n’est pas instantanée vient d’un Danois, Ole Rømer, en 1676. Il observe les éclipses d’Io, un satellite de Jupiter : elles semblent en retard quand la Terre s’éloigne de Jupiter, et en avance quand elle s’en rapproche. Sa conclusion est simple et géniale : si la distance change et que le timing bouge, c’est que la lumière met du temps à voyager. Il ne connaît pas encore précisément la taille du système solaire, mais il vient de montrer que la lumière a une vitesse finie.

c = 299 792 458 m/s

Deux siècles plus tard, on passe du ciel à la terre. En 1849, Hippolyte Fizeau mesure la vitesse de la lumière avec une roue dentée : un faisceau traverse les dents, rebondit sur un miroir lointain, puis revient. En faisant tourner la roue, il observe le moment où la lumière est “coupée” au retour, ce qui permet de déduire son temps de trajet. C’est la première mesure terrestre de la vitesse de la lumière, et elle est déjà étonnamment proche de la valeur moderne.

Puis vient Léon Foucault (1850–1862) et son miroir tournant. L’idée : la lumière fait l’aller‑retour pendant que le miroir pivote, ce qui décale légèrement l’image. Ce minuscule déplacement, mesuré avec une grande précision, permet d’améliorer encore l’estimation. À force d’ingéniosité et de mécanique fine, la valeur converge vers celle qu’on connaît aujourd’hui.

Ensuite, il y a eu la bascule théorique. Avec les équations de Maxwell, on découvre que les ondes électromagnétiques doivent se propager à une vitesse précise, liée aux constantes électriques et magnétiques : c n’est plus juste une mesure, c’est une conséquence des lois. Puis la relativité d’Einstein impose quelque chose d’encore plus vertigineux : c est la même pour tous, quel que soit le mouvement de l’observateur, et devient une limite structurelle de l’espace‑temps. Pour un objet massif, l’énergie nécessaire pour atteindre c grimpe sans fin ; et si l’information allait plus vite, la causalité partirait en vrille.

Et aujourd’hui, la vitesse de la lumière dans le vide est fixée par définition : c = 299 792 458 m/s. C’est même l’inverse qui est devenu vrai : on définit le mètre à partir de la vitesse de la lumière. Autrement dit, ce n’est plus la lumière qu’on mesure, c’est notre règle qu’on calibre sur elle.

Conclusion

On partait d’un interrupteur banal, et on se retrouve avec une partition cosmique : la lumière n’est pas une peinture, c’est une vibration ; ses couleurs sont des fréquences ; notre “visible” n’est qu’un minuscule coin d’un spectre immense ; et cette onde‑là file à une vitesse qui structure l’espace‑temps lui‑même. En clair : ce que nos yeux perçoivent n’est qu’une petite fenêtre sur un phénomène beaucoup plus vaste, et chaque couleur est une information sur la façon dont la lumière a “battu la mesure”.

La suite est presque inévitable. Si la couleur dépend d’un tempo, que se passe‑t‑il si la source bouge ? Est‑ce que la note change ? C’est exactement ce que tu entends quand une ambulance passe : le son monte puis redescend. La lumière fait la même chose, et c’est cette petite bascule qui nous permet, littéralement, de lire la vitesse des étoiles et des galaxies. La semaine prochaine, on plonge dans l’effet Doppler — et tu verras que cette simple idée ouvre la porte aux grands mystères du ciel.

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