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Atlantropa : L’utopie qui a failli assécher la mer

L’architecte qui voulait transformer la Méditerranée en désert

Imagine la scène. Tu es sur le Vieux-Port de Marseille, un matin de 1950. Le soleil tape fort, mais quelque chose cloche. Tu regardes au loin, vers l’horizon… et tu ne vois rien. Pas d’eau. Juste un désert de sel qui s’étend à perte de vue, brûlant sous le soleil méditerranéen. La mer ? Évaporée !

Ou alors, tu es sur la Promenade des Anglais à Nice. Même constat. La plage est là, mais l’eau a disparu. Devant toi, des kilomètres de terres asséchées, de marais salants géants, de ports fantômes qui ne mènent plus nulle part.

Atlantropa ! Vue d'artiste d'une carte si le projet avait été mené à terme.

Ce n’est pas Mad Max. Ce n’est pas un scénario de science-fiction post-apocalyptique. C’était un projet très sérieux, soutenu par des architectes renommés, des ingénieurs de haut vol et même certains politiques, dans les années 1920 et 1930. Un projet qui a failli transformer radicalement la géographie de l’Europe et de l’Afrique. Un projet qui portait un nom : Atlantropa.

Au cœur de cette folie, il y a un homme : Herman Sörgel. Architecte allemand, visionnaire ou mégalomane selon les points de vue, il a passé près de 30 ans de sa vie à défendre une idée qui défie l’entendement : construire un barrage de 35 kilomètres entre l’Espagne et le Maroc pour fermer la Méditerranée, la transformer en centrale hydroélectrique géante, et créer un nouveau supercontinent en fusionnant l’Europe et l’Afrique.

L’idée te paraît dingue ? Tu n’es pas le seul. Mais à l’époque, dans une Europe ruinée par la Première Guerre mondiale, traumatisée et terrifiée par son déclin face aux Amériques et à l’Asie naissante, cette utopie a trouvé des oreilles attentives. Sörgel ne cherchait pas juste à produire de l’électricité. Il cherchait la Paix par la technique. Unir les nations européennes autour d’un projet si titanesque qu’il rendrait la guerre impossible.

Spoiler : ça n’a pas marché. Mais l’histoire d’Atlantropa, c’est bien plus qu’un simple échec. C’est le symbole ultime de la foi aveugle en la technologie du 20ème siècle. La preuve que « techniquement possible » ne veut pas dire « souhaitable ». Et surtout, c’est l’histoire d’un homme qui a failli transformer notre mer en désert, au nom du progrès.

Chapitre 1 : Pourquoi une telle idée ?

Pour comprendre pourquoi quelqu’un a pu imaginer un truc aussi démentiel, il faut se replonger dans les années 1920. Et crois-moi, l’ambiance n’était pas à la rigolade.

L’Europe à genoux

On est en 1928 quand Sörgel publie son premier livre sur Atlantropa. L’Europe vient de sortir de la Première Guerre mondiale, et le bilan est catastrophique. Des millions de morts, des économies en ruine, des empires qui s’effondrent. L’Allemagne, en particulier, est exsangue. Le traité de Versailles l’a étranglée économiquement, l’hyperinflation a réduit les économies en poussière, et le chômage explose.

Mais ce n’est pas tout. L’Europe est aussi surpeuplée. Les démographes de l’époque tirent la sonnette d’alarme : trop de bouches à nourrir, pas assez de terres, pas assez de ressources. Et pendant ce temps-là, de l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis sont en train de devenir la première puissance économique mondiale. L’Asie commence aussi à se réveiller. L’Europe, qui dominait le monde depuis des siècles, sent qu’elle est en train de perdre son hégémonie

Black Tuesday : Le paroxysme de la crise économique des années 20.

La peur du déclin

Sörgel, lui, est obsédé par cette idée. Il est persuadé que l’Europe va se faire écraser. Dans ses écrits, il développe une théorie : l’Europe doit s’unir ou mourir. Mais pas n’importe comment. Il faut un projet si grand, si ambitieux, qu’il va forcer les nations à collaborer. Un projet qui va donner à l’Europe les ressources dont elle a besoin pour rivaliser avec les géants américains et asiatiques.

Le problème, c’est que l’Europe n’a pas de pétrole en quantité suffisante. Pas de charbon illimité. Pas de terres agricoles extensibles. Alors Sörgel se dit : et si on créait ces ressources ? Et si on transformait la géographie elle-même pour servir nos besoins ?

La solution miracle : Paix par la technique

Mais attention, Sörgel n’est pas juste un technocrate froid. Il a une vision presque mystique de son projet. Il ne cherche pas juste de l’électricité ou des terres. Il cherche la Paix par la technique (Frieden durch Technik).

Son raisonnement est simple : si toutes les nations européennes doivent collaborer pendant des décennies pour construire ce monstre de béton, elles ne pourront plus se faire la guerre. Le projet est si complexe, si coûteux, qu’il nécessite une coopération totale. L’Espagne, la France, l’Italie, l’Allemagne, tous doivent mettre la main à la pâte. Et pendant qu’on construit ensemble, on ne se bat plus.

C’est beau, non ? Un peu naïf aussi, mais à l’époque, après l’horreur de la Grande Guerre, l’idée d’une paix garantie par l’ingénierie plutôt que par la diplomatie a séduit plus d’un intellectuel.

Sauf que Sörgel n’a pas prévu un petit détail : dans les années 1930, un certain moustachu autrichien va arriver au pouvoir en Allemagne, et sa vision de l’unité européenne est… légèrement différente. Mais ça, on y reviendra plus tard.

Pour l’instant, retenons juste ceci : en 1928, dans une Europe traumatisée et terrifiée, l’idée d’Atlantropa ne paraissait pas si folle. Elle paraissait même nécessaire. Et c’est comme ça qu’un architecte allemand a commencé à dessiner les plans pour assécher la Méditerranée.

Chapitre 2 : Le Monstre de Béton

Bon, maintenant qu’on a compris le pourquoi, passons au comment. Et là, ça devient vraiment impressionnant. Ou terrifiant. Ça dépend de ton point de vue.

Le cœur du projet : un mur entre deux continents

Le détroit de Gibraltar, c’est ce petit passage de 14 kilomètres qui sépare l’Europe de l’Afrique. À cet endroit précis, l’océan Atlantique se jette dans la mer Méditerranée. Et c’est là que Sörgel veut construire son monstre.

Imagine un barrage de 35 kilomètres de long et de 300 mètres de haut. Pour te donner une idée, c’est à peu près la distance entre Paris et Versailles. En béton. Et pas n’importe quel béton : il faut résister à la pression de l’océan Atlantique qui pousse contre le mur, à la différence de niveau entre les deux bassins, et aux courants marins les plus puissants de la planète.

Atlantropa : Dessin d'époque.

🛠 Le Détail Technique : La Construction

Sörgel prévoyait 10 ans de travaux et la mobilisation de 200 000 ouvriers. Le chantier serait le plus grand de l’histoire de l’humanité. Il fallait construire des îles artificielles pour servir de bases de travail, des digues temporaires pour isoler les sections, et surtout, pomper l’eau pendant la construction pour que les ouvriers puissent travailler au sec. Un défi technique absolument colossal.

Mais pourquoi faire tout ça ? Parce que ce barrage ne serait pas juste un mur. Ce serait la plus grande centrale hydroélectrique jamais construite.

La puissance qui dépasse l’entendement

Voilà le génie (ou la folie) du truc. Une fois le barrage construit, l’océan Atlantique continue de vouloir se déverser dans la Méditerranée. Mais le barrage bloque le passage. Résultat : le niveau de l’Atlantique reste normal, mais le niveau de la Méditerranée commence à baisser. Lentement, inexorablement, année après année.

Et c’est là que la magie opère. Sörgel prévoit d’installer des turbines géantes dans le barrage. L’eau de l’Atlantique, qui est plus haute que la Méditerranée, tombe dans ces turbines. Chute d’eau = énergie. Et pas qu’un peu.

Les calculs de Sörgel donnent une puissance de 110 000 mégawatts. Pour te donner une idée de ce que ça représente, c’est l’équivalent de 31 réacteurs nucléaires EPR. Ou encore, c’est plus que la consommation électrique totale de la France actuelle. En une seule installation.

L’Europe entière serait autosuffisante en énergie. Plus besoin de charbon, plus besoin de pétrole. Juste cette chute d’eau éternelle entre deux continents.

L’effet secondaire : quand la mer se retire

Sauf qu’il y a un petit détail. En fait, un énorme détail. Pour que cette centrale fonctionne, il faut que la Méditerranée baisse de niveau. Et pas qu’un peu : Sörgel prévoit un abaissement de 100 à 200 mètres.

Tu te rends compte ? La Méditerranée perdrait entre 20 et 40 % de son volume d’eau. Des millions de kilomètres cubes d’eau qui s’évaporeraient ou seraient pompés ailleurs. Le résultat ? La mer se retire. Massivement.

Les côtes actuelles se retrouveraient à des dizaines, parfois des centaines de kilomètres de la nouvelle ligne d’eau. Les ports historiques deviendraient des villes fantômes au milieu des terres. Les îles se transformeraient en montagnes. Et surtout, 660 000 kilomètres carrés de nouvelles terres émergeraient. C’est plus que la superficie de la France.

Ces nouvelles terres, Sörgel les voyait comme la solution à tous les problèmes de l’Europe : agriculture, urbanisation, industrie. Un nouveau continent à exploiter, créé de toutes pièces.

Mais avant de voir ce nouveau monde, il faut comprendre que ce n’était pas le seul barrage prévu. Sörgel avait d’autres idées en réserve. Et elles sont encore plus folles.

Chapitre 3 : Le Nouveau Nouveau Monde

L’Amérique, on l’appelle le « Nouveau Monde ». Mais Sörgel, lui, voulait créer quelque chose d’encore plus nouveau. Un continent artificiel, né de l’ingénierie humaine. Un monde où l’Europe et l’Afrique ne feraient plus qu’un. Le Nouveau Nouveau Monde.

La fusion des continents

Une fois la Méditerranée partiellement asséchée, la géographie change du tout au tout. L’Europe et l’Afrique ne sont plus séparées par une mer, mais reliées par des terres émergées. Des centaines de kilomètres de nouvelles plaines, prêtes à être exploitées.

Sörgel imagine des routes et des voies ferrées gigantesques. Tu pourrais prendre un train à Berlin et arriver au Cap, en Afrique du Sud, sans jamais traverser de mer. Une ligne droite de plusieurs milliers de kilomètres, traversant ce nouveau continent artificiel. L’Afrique deviendrait le prolongement naturel de l’Europe, ses ressources directement accessibles, ses terres directement exploitables.

C’est beau sur le papier. Mais dans la réalité, ça signifierait la fin de certaines des villes les plus mythiques de la Méditerranée.

Atlantropa : Le super continent.

Le sort des villes mythiques

C’est la partie qui fait mal au cœur. Parce que Sörgel ne s’est pas contenté de dessiner des barrages. Il a aussi calculé ce qui allait arriver aux cités côtières. Et le résultat est… brutal.

Venise ? La Sérénissime, la perle de l’Adriatique, se retrouverait perdue au milieu des terres. Plus de lagune, plus de canaux navigables, juste une ville fantôme entourée de marais salants. Sörgel, qui avait quand même un peu de cœur, prévoyait de construire un canal artificiel pour garder Venise « humide ». Mais bon, ce serait un peu comme garder un aquarium pour un poisson mort : la magie aurait disparu.

Gênes ? Le port historique de la République de Gênes, qui a dominé la Méditerranée pendant des siècles, se retrouverait à des dizaines de kilomètres de la nouvelle côte. Un port sans mer. Une ville maritime devenue terrestre du jour au lendemain.

Naples ? Même sort. La baie de Naples, l’une des plus belles du monde, deviendrait une plaine aride. Plus de vue sur la mer depuis le Vésuve. Plus de pêche. Plus de tourisme balnéaire. Juste une ville qui regarde vers un horizon de sel.

Tunis ? La capitale tunisienne, qui doit son existence à son port stratégique, se retrouverait elle aussi isolée. Tous les ports méditerranéens historiques deviendraient des villes fantômes, des vestiges d’un monde où la mer était encore là.

Et ce n’est pas juste les villes. Les îles aussi seraient transformées. La Corse, la Sardaigne, la Sicile ? Elles deviendraient des montagnes au milieu des plaines. Plus d’îles, juste des sommets qui émergent d’un désert de sel.

La vision coloniale : le côté sombre

Et là, on arrive à la partie la plus problématique du projet. Parce que Sörgel, malgré ses bonnes intentions de « paix par la technique », avait une vision très… euro-centrée. Pour lui, l’Afrique n’était pas un partenaire égal. C’était une ressource à exploiter, un territoire à « civiliser », un espace à transformer selon les besoins européens.

Dans ses plans, il prévoit même de créer des mers intérieures au Congo. Pourquoi ? Pour « refroidir » l’Afrique. L’idée était de noyer certaines zones du bassin du Congo pour créer de grands lacs artificiels qui modifieraient le climat, rendant certaines régions plus tempérées, plus « habitables » pour les colons européens.

C’est là qu’on voit le vrai visage d’Atlantropa : ce n’était pas juste un projet technique. C’était un projet colonial déguisé en utopie technologique. L’Afrique serait transformée, remodelée, exploitée, pour servir les intérêts européens. Les populations locales ? Elles devraient s’adapter. Ou disparaître.

Cette vision, aujourd’hui, nous paraît monstrueuse. Et elle l’était déjà à l’époque pour beaucoup. Mais dans les années 1920-1930, dans une Europe encore imprégnée de mentalité coloniale, elle trouvait des partisans.

Tiré de la couverture de "Atlantropa 2.0. Il continente euro-africano", par Cristiana Penna aux éditions LetteraVentidue

Les autres barrages : quand un seul ne suffit pas

Mais attendez, il y a plus fou. Parce que Sörgel ne s’est pas arrêté à Gibraltar. Non, il avait prévu deux autres barrages pour compléter son œuvre.

Le premier, c’est le barrage entre la Sicile et la Tunisie. Environ 150 kilomètres de large, pour séparer la Méditerranée occidentale de la Méditerranée orientale. L’idée ? Créer deux bassins distincts, avec des niveaux d’eau différents, pour maximiser encore la production d’énergie hydroélectrique. La Sicile ne serait plus une île, mais un pont entre l’Europe et l’Afrique.

Le second, c’est le barrage aux Dardanelles. Ce détroit qui relie la Méditerranée à la mer Noire serait lui aussi fermé. Résultat ? La mer Noire deviendrait un lac intérieur, et on pourrait contrôler son niveau indépendamment. Encore plus d’énergie, encore plus de terres émergées.

Trois barrages. Trois murs de béton géants. Trois transformations radicales de la géographie. Sörgel ne faisait pas les choses à moitié.

Heureusement, le projet n’a jamais vu le jour. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui a empêché cette utopie de devenir réalité ?

Chapitre 4 : Pourquoi ça a capoté ?

Alors, pourquoi Atlantropa n’a jamais été construit ? Les raisons sont multiples, et elles nous disent beaucoup sur les limites de la technologie face à la réalité politique, économique et… scientifique.

Les obstacles évidents : la géopolitique

Premier problème, et pas des moindres : il fallait convaincre tout le monde. Et quand je dis « tout le monde », je parle de pays qui, à l’époque, ne se faisaient pas vraiment des câlins.

Pour construire le barrage de Gibraltar, il fallait l’accord de l’Espagne et du Maroc (sous protectorat français). Pour le barrage Sicile-Tunisie, il fallait l’Italie de Mussolini et la Tunisie française. Pour les Dardanelles, il fallait la Turquie. Et surtout, il fallait que tous ces pays acceptent de voir leurs côtes transformées, leurs ports ruinés, leurs économies chamboulées.

Tu imagines la discussion ? « Bonjour Mussolini, j’aimerais transformer votre mer en désert. Ça vous va ? » Le Duce, qui avait ses propres ambitions impériales, n’était pas vraiment chaud pour un projet qui dépendait de la coopération internationale. Franco non plus. Et les Français, qui contrôlaient une bonne partie de l’Afrique du Nord, n’étaient pas prêts à sacrifier leurs ports méditerranéens pour une utopie allemande.

La géopolitique, c’était déjà un mur infranchissable. Mais ce n’était pas le pire.

Le défi technique : faisable, mais à quel prix ?

Techniquement, était-ce même possible ? La réponse est… compliquée.

D’un côté, oui, c’était théoriquement faisable. Les ingénieurs de l’époque avaient les connaissances nécessaires. Le béton, on savait le faire. Les turbines, on savait les construire. Les calculs de Sörgel, même s’ils étaient optimistes, n’étaient pas complètement délirants.

Mais d’un autre côté, les défis étaient colossaux. Construire un barrage de 35 kilomètres dans un détroit avec des courants parmi les plus puissants du monde ? Gérer la différence de pression entre l’Atlantique et la Méditerranée ? Prévoir les conséquences climatiques d’un tel changement ? Personne n’avait jamais fait ça. Personne n’avait même essayé.

Et surtout, le coût. Sörgel estimait le projet à des dizaines de milliards (en monnaie de l’époque). Une somme astronomique pour une Europe ruinée. Qui allait payer ? Comment financer un projet qui prendrait des décennies avant de donner des résultats ?

Ces obstacles techniques et financiers étaient déjà suffisants pour faire capoter le projet. Mais ce n’était pas encore le coup de grâce.

Le vrai tueur : l’atome

Le vrai tueur d’Atlantropa, ce n’est pas la géopolitique. Ce n’est pas le coût. Ce n’est même pas l’écologie (à l’époque, on s’en fichait un peu). C’est l’énergie nucléaire.

Dans les années 1920-1930, quand Sörgel développe son projet, l’argument principal est simple : l’Europe manque d’énergie. Elle a besoin d’une source massive, renouvelable, pour rivaliser avec les Amériques. L’hydroélectricité d’Atlantropa serait la solution.

Mais voilà : en 1945, les États-Unis larguent deux bombes atomiques sur le Japon. Et soudain, tout change. L’énergie nucléaire n’est plus de la science-fiction, c’est une réalité. Et dans les années 1950, les premières centrales nucléaires civiles commencent à voir le jour.

L’argument de Sörgel s’effondre. Pourquoi construire un barrage de 35 kilomètres, transformer la géographie de deux continents, détruire des ports historiques, quand on peut simplement construire quelques centrales nucléaires ? C’est moins cher, plus rapide, et ça ne nécessite pas de convaincre Mussolini et Franco.

L’énergie nucléaire rend l’argument de la « pénurie d’énergie » obsolète. Atlantropa devient soudain inutile. Un projet d’une autre époque, dépassé par le progrès scientifique.

La fin de Sörgel : une mort ironique

Et puis, il y a la mort de Sörgel. Le 25 décembre 1952, Herman Sörgel se fait renverser par une voiture à Munich. Il allait… à une conférence sur Atlantropa. L’ironie est cruelle : l’homme qui voulait transformer le monde meurt sur le chemin qui menait à la promotion de son rêve.

Avec lui disparaît le dernier défenseur acharné du projet. Pendant près de 30 ans, il avait consacré sa vie à Atlantropa. Il avait écrit des livres, donné des conférences, rencontré des politiques, des ingénieurs, des investisseurs. Il avait même créé un institut dédié au projet.

Mais après sa mort, plus personne ne reprend le flambeau. L’idée d’Atlantropa meurt avec lui. Le projet tombe dans l’oubli, devenant une simple curiosité historique, une utopie du 20ème siècle.

Aujourd’hui, on se souvient d’Atlantropa comme d’un exemple fascinant de la foi aveugle en la technologie. Un projet qui montre que « techniquement possible » ne veut pas dire « souhaitable », et encore moins « nécessaire ».

Conclusion : L’Héritage

Rétrospectivement, on peut dire une chose : heureusement que ça ne s’est pas fait.

La catastrophe qu’on a évitée

Si Atlantropa avait vu le jour, les conséquences écologiques auraient été apocalyptiques. On ne parle pas juste de quelques ports qui se retrouvent à sec. On parle d’une transformation radicale du climat méditerranéen.

L’évaporation de millions de kilomètres cubes d’eau aurait modifié les courants atmosphériques, les précipitations, les températures. Le climat de toute la région aurait été bouleversé. Les écosystèmes marins ? Anéantis. La salinité de la Méditerranée ? Explosée, transformant ce qui resterait de mer en un lac hyper-salé invivable.

Les nouvelles terres émergées ? Elles seraient recouvertes de sel, stériles pendant des décennies. Il faudrait des siècles avant qu’elles deviennent cultivables, si elles le devenaient un jour.

Et les populations ? Des millions de personnes déplacées, des économies détruites, des cultures effacées. Venise, Gênes, Naples, Tunis, tous ces ports millénaires réduits à l’état de villes fantômes.

Heureusement, l’histoire en a décidé autrement.

La morale de l’histoire

Atlantropa reste le symbole ultime de la foi aveugle en la technologie du 20ème siècle. Un projet qui montre que « techniquement possible » ne veut pas dire « souhaitable ». Que la science peut créer des monstres si elle n’est pas guidée par l’éthique et le bon sens.

Sörgel n’était pas un méchant. C’était un homme de son temps, convaincu que la technique pouvait résoudre tous les problèmes. Il croyait sincèrement que transformer la géographie était la clé de la paix et de la prospérité. Mais il n’a jamais vraiment réfléchi aux conséquences. Il n’a jamais vraiment écouté ceux qui lui disaient que son projet était une folie.

Aujourd’hui, face aux défis climatiques et environnementaux, on est peut-être plus prudents. On sait que chaque action a des conséquences. On sait que transformer la nature à grande échelle peut avoir des effets désastreux. Mais l’histoire d’Atlantropa nous rappelle qu’il faut rester vigilants. Que l’enthousiasme technologique ne doit jamais remplacer la réflexion éthique.

Et toi, tu imagines la Méditerranée à sec ? Tu imagines Venise au milieu d’un désert de sel ? Tu imagines un monde où l’Europe et l’Afrique ne font plus qu’un, reliées par des terres artificielles ?

C’est ce qu’a failli devenir notre réalité. Un projet fou, né de la peur et de l’ambition, qui aurait transformé notre monde à jamais. Heureusement, il est resté dans les livres d’histoire, comme un rappel que parfois, les meilleures idées sont celles qu’on n’a jamais réalisées.

Atlantropa. Une utopie qui aurait pu devenir un cauchemar. Et une leçon : la technologie est un outil puissant, mais elle doit servir l’humanité, pas la transformer en esclave de ses propres ambitions.

  • Atlantropa : A Life and Work de Herman Sörgel (ouvrages originaux du concepteur)
  • Article Wikipédia sur Atlantropa : fr.wikipedia.org/wiki/Atlantropa
  • « Atlantropa : le projet fou d’un architecte pour assécher la Méditerranée » – Le Point
  • « Atlantropa, l’utopie qui a failli transformer la géographie européenne » – SciencePost

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