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T'inquiète, j't'explique !

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La Conquête Spatiale

Épisode 6 : L’École de l’Espace (1964-1966)

– Épisode 1 : Les Fondations (1945-1957)
– Épisode 2 : Le Choc (Octobre 1957)
– Épisode 3 : La Réponse Chaotique (1957-1958)
– Épisode 4 : Les Premières Tentatives (1958-1961)
– Épisode 5 : Toujours en retard (1961-1963)

Introduction

On a franchi le premier palier : l’espace n’est plus un fantasme, c’est une destination. Avec le programme Mercury, on a prouvé qu’un humain pouvait survivre là-haut, manger de la nourriture en tube et revenir sur Terre en un seul morceau. C’était héroïque, c’était du jamais vu, mais soyons honnêtes : c’était du saut de puce.

Pour réaliser la promesse de Kennedy et marcher sur la Lune avant 1970, il va falloir arrêter de faire les « boulets de canon » passifs dans une capsule étroite. Il faut apprendre à piloter pour de vrai, à sortir du vaisseau sans paniquer, à rester en orbite pendant des semaines et, surtout, à réussir l’exploit ultime : faire se rencontrer deux engins lancés à 28 000 km/h pour qu’ils s’emboîtent parfaitement.

Bienvenue dans le programme Gemini (1964-1966). Si Mercury était le baptême du feu, Gemini, c’est l’école de l’espace. Et comme tu vas le voir, entre les sandwichs clandestins, les écoutilles coincées et les toupies infernales, certains ont failli rater leur permis de conduire intersidéral.

Chapitre 1 : On ne rigole plus avec la « Molly Brown » (Gemini 3)

Avant de lancer des humains dans ce nouveau cockpit, la NASA a dû vérifier que la machine tenait la route.

  • Gemini 1 (avril 1964) : Un vol d’essai non habité pour vérifier que la nouvelle fusée (la Titan II, bien plus puissante que l’Atlas de Mercury) et la capsule ne se désintégraient pas au décollage. Mission réussie.
  • Gemini 2 (janvier 1965) : Un vol suborbital, toujours sans personne à bord, pour tester le bouclier thermique. On a balancé la capsule à une vitesse folle dans l’atmosphère pour voir si elle fondait. Elle a tenu.
  • Gemini 3 (mars 1965) : Le décor est planté, la machine est validée. Il est temps d’y installer des pilotes. Le 23 mars 1965, Gus Grissom et John Young s’installent dans la capsule.

Pour comprendre l’ambiance, il faut savoir que Gus Grissom a une dent contre la mer. Lors de son vol Mercury précédent, sa capsule, la Liberty Bell 7, avait coulé au fond de l’Atlantique après l’ouverture accidentelle de l’écoutille. Gus avait failli se noyer.

Alors, quand la NASA lui demande de baptiser son nouveau vaisseau Gemini, Grissom, qui a un humour un peu acide, choisit : Molly Brown. T’inquiète, j’t’explique la référence : C’est un clin d’œil à la comédie musicale de Broadway « The Unsinkable Molly Brown » (l’insubmersible Molly Brown), une survivante du Titanic.

La NASA, qui prend les noms de vaisseaux très au sérieux (on est en pleine Guerre Froide, il faut faire « noble »), déteste le nom. Ils demandent à Grissom de changer. Sa réponse ? « Si vous ne voulez pas Molly Brown, on n’a qu’à l’appeler le Titanic ». Finalement, la NASA a cédé, mais c’est la dernière fois qu’un astronaute a eu le droit de nommer son propre vaisseau avant Apollo 11.

La 2CV de l’espace (Gemini vs Mercury)

Si on devait comparer les deux programmes avec des voitures, la capsule Mercury était un wagon de montagnes russes : une fois lancé, l’astronaute subissait la trajectoire. Il pouvait orienter le nez de la capsule, mais pas changer de direction ni d’altitude.
Gemini, c’est l’invention du volant et de la boîte de vitesses. Pour la première fois, la NASA installe le système OAMS (Orbital Attitude and Maneuvering System).
Pourquoi « 2CV » ? Parce que malgré sa technologie révolutionnaire, Gemini reste un habitacle minuscule. Les astronautes ne s’y assoient pas.
Imagine passer 14 jours à deux dans le cockpit d’une petite citadine, sans pouvoir te lever, avec des instruments partout autour de toi. C’est ça, Gemini : un pur outil de pilotage, sans aucun confort, conçu pour une seule chose : apprendre à manœuvrer.

Comparatif Mercury vs Gemini
CaractéristiqueMercury (Le saut de puce)Gemini (La voiture d’auto-école)
Équipage1 seul astronaute (serré comme une sardine)2 astronautes (un peu moins serrés)
NavigationBalistique (on suit la courbe)Orbitale (on change de file à 28 000 km/h)
OrdinateurAucun (tout est géré au sol)Le premier ordinateur de bord numérique
Sortie EspaceImpossiblePrévue dès la conception
AmarrageInexistantPremier « baiser » entre deux vaisseaux


Au-delà de l’anecdote, Gemini 3 est une révolution technique. Pour la première fois de l’histoire, un engin spatial ne se contente pas de suivre la trajectoire que la fusée lui a donnée au départ.

Grissom utilise le système OAMS (Orbital Attitude and Maneuvering System). En gros, il donne des coups de gaz pour changer d’altitude et l’inclinaison de son orbite. Ça a l’air de rien, mais c’est la compétence n°1 pour aller sur la Lune : si tu ne sais pas diriger ton vaisseau précisément pour rejoindre un autre module, tu resteras coincé en orbite terrestre pour l’éternité.

Le test est un succès total. Gemini n’est pas juste un habitacle, c’est un chasseur de l’espace.

Juste avant le décollage, l’astronaute Wally Schirra (qui ne volait pas ce jour-là) glisse en douce un sandwich au corned-beef à John Young. En plein vol, Young le sort de sa poche et le propose à Grissom.

Le problème ? En apesanteur, le pain s’effrite instantanément. Des milliers de miettes de pain flottent partout dans la cabine, risquant de s’infiltrer dans les circuits électriques délicats et de provoquer un court-circuit.

Grissom croque une bouchée, réalise le danger et range le tout. Mais l’histoire fuite. Le Congrès américain s’empare de l’affaire, criant au scandale de sécurité. La NASA devra formellement promettre qu’on ne verra plus jamais de nourriture « non autorisée » à bord. John Young, lui, recevra un blâme officiel… ce qui ne l’empêchera pas de marcher sur la Lune plus tard !

Chapitre 2 : La balade d’Ed White (Gemini 4) et la mission longue (Gemini 5)

En juin 1965, la tension monte d’un cran. Les Soviétiques viennent de réaliser la toute première sortie extra-véhiculaire (EVA) de l’histoire avec Alexei Leonov. La NASA ne peut pas rester sans rien faire : il faut prouver qu’un Américain peut lui aussi quitter son siège et flotter dans le vide.

C’est Ed White, à bord de Gemini 4 (accompagné de James McDivitt), qui va s’y coller.

Le 3 juin, au-dessus de l’Océan Pacifique, Ed White ouvre l’écoutille. Il s’extrait du vaisseau, relié uniquement par un cordon « ombilical » qui lui fournit de l’oxygène.

Pour se diriger, il utilise un petit pistolet à gaz comprimé (le Hand-Held Maneuvering Unit ou « Zip Gun »). C’est le premier test de mobilité humaine dans le vide total. White est tellement émerveillé par la vue et la sensation de liberté qu’il refuse presque de rentrer. McDivitt doit littéralement lui ordonner de revenir à l’intérieur. Sa réponse est restée célèbre : « C’est le moment le plus triste de ma vie ».

 L’École de l’Espace : Edward White lors de sa sortie EVA.

Si les photos sont magnifiques, la fin de la sortie a failli tourner au drame. En essayant de fermer l’écoutille, le mécanisme se bloque.

C’est un moment de panique froide : si l’écoutille ne se verrouille pas hermétiquement, les deux astronautes mourront brûlés vifs lors de la rentrée dans l’atmosphère. Dans un effort physique épuisant, White et McDivitt doivent forcer sur le levier de verrouillage ensemble pour réussir à sceller le vaisseau. Ils ont fini en nage, épuisés, mais vivants.

Cette mission a montré deux choses cruciales pour la Lune :

  1. On peut sortir travailler dehors.
  2. L’effort physique dans l’espace est radicalement différent. Sans pesanteur, le moindre mouvement demande une énergie folle parce qu’on n’a aucun point d’appui. C’est une leçon que la NASA mettra du temps à digérer.

C’est avec Gemini 5 (août 1965) que les USA prennent définitivement l’ascendant sur la durée. Avec le slogan « 8 days or bust » (8 jours ou l’échec), Gordon Cooper et Pete Conrad prouvent qu’un équipage peut survivre en orbite le temps nécessaire à un voyage lunaire complet. C’est aussi l’introduction des piles à combustible, une technologie bien plus performante que les batteries de l’époque, indispensable pour les missions longues.

Chapitre 3 : Apprendre à danser dans le noir (Gemini 6A et 7)

Aller sur la Lune, c’est bien. Mais une fois qu’on en décolle pour revenir sur Terre, il faut impérativement que le module lunaire retrouve le vaisseau resté en orbite. S’ils se ratent, les astronautes sont perdus. En 1965, personne ne sait comment faire « rencontrer » deux objets lancés à des vitesses supersoniques.

Au départ, Gemini 6 devait s’amarrer à une fusée-cible non habitée appelée Agena. Mais au décollage, l’Agena explose en plein vol. Gemini 6 se retrouve clouée au sol, sans cible.

C’est là que la NASA a une idée de génie (et un peu folle) : puisqu’on ne peut pas lancer une cible, utilisons un autre vaisseau Gemini !

En décembre 1965, on lance d’abord Gemini 7 avec Frank Borman et Jim Lovell. Leur mission est un calvaire : rester 14 jours enfermés dans un espace de la taille d’une petite voiture pour tester l’endurance du corps humain (et vérifier que les os ne tombent pas en poussière sans gravité).

Quelques jours plus tard, on lance Gemini 6A (avec Wally Schirra et Thomas Stafford) pour qu’ils aillent rattraper leurs collègues.

Tu pourrais croire qu’il suffit de pointer le nez vers l’autre vaisseau et d’accélérer. Surtout pas ! En orbite, si tu accélères, tu montes sur une orbite plus haute et… tu ralentis par rapport au sol. Pour rattraper quelqu’un qui est devant toi, il faut parfois freiner pour descendre plus bas, là où l’on tourne plus vite, puis remonter au bon moment. C’est une danse mathématique ultra-complexe.

Le 15 décembre, les deux vaisseaux se retrouvent à seulement 30 centimètres l’un de l’autre, à 300 km d’altitude. Ils volent de concert, se tournent autour, se regardent par les hublots. C’est un triomphe : les Américains maîtrisent désormais la navigation précise. La route vers la Lune passe officiellement par ce genre de rendez-vous.

 L’École de l’Espace : Gemini 7 vu par Gemini 6.

Chapitre 4 : Le baiser de fer et la toupie folle (Gemini 8)

 L’École de l’Espace : Neil Armstrong et David Scott pour la mission Gemini 8

On a appris à se rapprocher (Gemini 6/7), maintenant il faut apprendre à s’amarrer. Le 16 mars 1966, Neil Armstrong et David Scott décollent pour réaliser le tout premier amarrage (docking) de l’histoire lors de la mission Gemini 8.

La manœuvre est un succès total : la capsule Gemini vient s’enclencher parfaitement dans le nez d’une fusée-cible Agena lancée plus tôt. C’est le « baiser de fer ». Pour la première fois, deux engins spatiaux ne font plus qu’un.

Mais le triomphe ne dure que 27 minutes.

Soudain, l’ensemble se met à tourner sur lui-même. Armstrong pense d’abord que c’est l’Agena qui déconne. Il se détache en urgence, mais le problème empire : c’est un propulseur de sa propre capsule Gemini qui est resté bloqué en position « allumé ».

Sans le poids de l’Agena pour faire contrepoids, la capsule part dans une rotation folle. Ils tournent sur eux-mêmes à raison d’un tour par seconde. À cette vitesse, la force centrifuge est telle que les astronautes risquent de s’évanouir (le sang quitte le cerveau) ou que le vaisseau se désintègre.

C’est ici que la légende d’Armstrong s’écrit. Alors qu’il est à la limite de l’évanouissement, il prend une décision radicale : il coupe totalement le système de propulsion principal et active le système de secours (le RCS), normalement réservé uniquement à la rentrée dans l’atmosphère.

Il parvient à stabiliser l’engin. La mission est sauvée, mais comme ils ont utilisé le carburant de secours, ils doivent rentrer sur Terre en urgence après seulement 10 heures de vol.

C’est précisément ce calme olympien face à la mort qui a convaincu les patrons de la NASA que Neil Armstrong était l’homme idéal pour commander la mission Apollo 11.

  • Gemini 9 : Malgré une cible récalcitrante surnommée « l’alligator en colère », la mission permet de tester des procédures de rendez-vous de secours et une sortie spatiale complexe.
  • Gemini 10 : John Young et Michael Collins réalisent un double rendez-vous historique avec deux cibles différentes, prouvant une maîtrise totale de la navigation orbitale.
  • Gemini 11 : L’équipage bat le record du monde d’altitude (1 369 km) et expérimente la gravité artificielle en reliant la capsule à une fusée Agena par un câble.

Chapitre 5 : Buzz Aldrin, l’ouvrier de l’espace (Gemini 12)

 L’École de l’Espace : Autoportrait réalisé par Buzz Aldrin lors de l'une de ses trois sorties extravéhiculaires.

Après l’exploit d’Ed White (Gemini 4), la NASA a déchanté. Lors des missions Gemini 9, 10 et 11, les sorties dans l’espace ont viré au cauchemar. Les astronautes revenaient épuisés, en nage, avec les vitres de leurs casques couvertes de buée. Pourquoi ? Parce qu’en essayant de serrer un boulon, leur corps partait dans l’autre sens. Sans point d’appui, travailler dans le vide, c’est comme essayer de réparer un vélo en flottant dans une piscine sans toucher les bords.

Pour la dernière mission, Gemini 12 (novembre 1966), la NASA envoie Buzz Aldrin. Aldrin n’est pas juste un pilote d’élite, c’est un ingénieur brillant surnommé « Dr Rendez-vous ». Il a compris avant tout le monde qu’il fallait changer de méthode.

Aldrin introduit des innovations qui sauvent le programme :

  1. L’entraînement sous l’eau : Il est le premier à s’entraîner dans une piscine pour simuler l’apesanteur. C’est aujourd’hui la norme mondiale.
  2. Les « cale-pieds » et poignées : Il fait installer des fixations sur le vaisseau pour pouvoir s’ancrer et utiliser ses deux mains pour travailler.
  3. La gestion de l’effort : Il apprend à bouger lentement, avec économie, pour ne pas saturer son système de survie.

Le résultat est sans appel : Aldrin réalise trois sorties parfaites, totalisant plus de 5 heures dans le vide. Il a prouvé qu’un humain peut effectuer des tâches complexes et fatigantes dans l’espace sans risquer la crise cardiaque.

La dernière pièce du puzzle est posée. On sait survivre (Mercury), on sait piloter, se rejoindre, s’amarrer et travailler (Gemini).

Chapitre 6 : Pourquoi l’URSS a-t-elle perdu l’avance ?

Au début des années 60, l’URSS semble imbattable. Ils ont envoyé le premier satellite, le premier chien, le premier homme et la première femme dans l’espace. Pourtant, entre 1964 et 1966, alors que la NASA enchaîne 10 missions Gemini, les Soviétiques ne lancent que deux vols habités (Voskhod). Que s’est-il passé ?

Pour continuer à battre des records, l’URSS a « bricolé » sa vieille capsule Vostok (celle de Gagarine). Pour mettre trois personnes dedans (Voskhod 1), ils ont dû enlever les sièges éjectables et forcer les cosmonautes à faire un régime. C’était une impasse technologique : on ne pouvait plus rien améliorer sur cette machine. Gemini, elle, était une plateforme moderne et évolutive.

En janvier 1966, Sergueï Korolev, le génie de l’ombre derrière tous les succès soviétiques, meurt lors d’une opération chirurgicale. Sans son autorité et sa vision, le programme spatial soviétique se fragmente. Les ingénieurs se déchirent, les budgets sont éparpillés entre plusieurs projets concurrents, là où la NASA est unifiée derrière l’objectif de Kennedy.

Pendant que Gemini testait les rendez-vous orbitaux et les sorties dans l’espace, les Soviétiques tentaient de construire la N1, une fusée géante pour aller sur la Lune. Mais sans Korolev, et avec des moyens industriels moins précis que ceux des Américains, la N1 enchaîne les explosions au décollage.

En gros, les Américains ont utilisé Gemini comme une école pour préparer la suite, tandis que les Russes sont restés bloqués sur leurs acquis, pensant que leur avance initiale suffirait. Quand ils ont voulu réagir avec le programme Soyouz, le train Apollo était déjà lancé à pleine vitesse.


Conclusion : La route vers la Lune est ouverte

En seulement 20 mois et 10 missions habitées, le programme Gemini a fait passer la NASA de l’amateurisme héroïque à la maîtrise technique absolue. Les Américains ont désormais dépassé les Soviétiques en termes d’heures passées dans l’espace et de complexité des manœuvres.

Le « pont » vers la Lune est construit. Mais alors que tout le monde a les yeux rivés vers les étoiles, un drame terrible se prépare au sol. Le programme suivant, celui qui doit nous poser sur la Lune, va commencer par un cauchemar de feu.

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